• Véronique Vandebroeck-Abeels

Comment la kiné intervient en cas de rééducation chez l’homme suite à une prostatectomie ?

Mis à jour : avr. 10

La rééducation pelvi- périnéale est primordiale avant ET après l'intervention chirurgicale ou suite à un autre traitement de la prostate. Cette rééducation se fait uniquement par une kiné spécialisée en périnéologie.

1- En préopératoire :


Je reçois le patient pour quelques séances, généralement, prescrites par un urologue. Lors de la première séance, je réalise une anamnèse et je demande au patient quelles sont ses attentes. Je prends beaucoup de temps pour l’ écouter et le rassurer. Je tente de répondre à ses nombreuses questions concernant sa continence/ incontinence, ainsi que sur les problèmes d’ordres érectiles (impuissance ?) fréquemment évoqués lors de l’intervention totale de la prostate (Prostatectomie Totale Radicale). Il est important d’aider psychologiquement le patient face à ses inquiétudes et anxiétés.

La rééducation préventive permet également au patient de se familiariser à un nouveau comportement en retrouvant des schémas mictionnels justes.

Le préop. est une étape pédagogique nécessaire au bon déroulement du traitement.

La rééducation préopératoire est aussi importante qu’en post opératoire afin de pallier au maximum à l’incontinence urinaire et aux dysfonctions érectiles. En effet, j'ai également la formation de sexologue clinicienne qui me permet de suivre le patient dans ce domaine tellement lié 😊

J’insiste auprès du patient pour qu’il s’implique dans son traitement car sa prise en charge doit être quotidienne ! Je lui demande de réaliser des petits exercices à son domicile ainsi que d’appliquer les divers conseils hygiéno-comportementaux.

2- Après l’intervention :

Lors de l’ablation de la sonde posée par le chirurgien, le patient peut se plaindre d’une incontinence urinaire très invalidante. Durant les quelques jours nécessaires à la cicatrisation (15-20 jours), je peux rassurer et donner quelques conseils au patient.


Conseils kiné pour le retour du patient à son domicile :


* Boissons :

  • Boire 1.5 l de liquide par jour.

  • Privilégier l’eau, le thé, le café, la tisane, les jus de fruits pressés, le vin rouge. Interdire les alcools, les sodas, le champagne, la bière, les vins blancs et rosés .

  • Pour éviter trop de levers nocturnes, boire beaucoup dans la première partie de la journée, diminuer ensuite, et au dîner, ne boire qu’un verre ou deux.

* Marche : 2x/ jour d’un pas lent, 15 min au début et augmenter progressivement le périmètre.

* Repos: Le matin, l’après-midi : sieste recommandée, et en soirée pendant environ 1h. La vessie pourra mieux se distendre et contenir davantage d’urines. Les sensations de besoin d’uriner seront meilleures. Le sphincter de l’urètre se relaxera et deviendra plus performant !


* Apprentissage comportemental :

  • Se retenir d’uriner un peu plus chaque jour.

  • Lors de la miction : essayer de le faire en une seule fois, sans couper le jet !

Ensuite, si l’incontinence perdure, je démarre la rééducation pelvi-périnéale proprement dite avec les techniques classiques : rééducation proprioceptive et comportementale, biofeedback, exercices de renforcement des muscles élévateurs par des techniques digitales et électro stimulantes (et inhibantes pour les vessies hyperactives) et stimulation du nerf tibial postérieur.


J’explique parfois, au patient, l’usage d’une pince pénienne en cas d’incontinence trop sévère. (exemple : la Pince pénienne « Stop-uri » de Bivea Medical). La pince est un dispositif médical conçu pour les hommes souffrant d'incontinence urinaire et ne voulant plus porter de protections absorbantes. Elle compense les sphincters défaillants, elle s'adapte sur le pénis pour comprimer et fermer l'urètre jusqu'à ce que le besoin d'uriner se fasse sentir.


J’explique l’apprentissage de base des bons exercices périnéaux. Je leur apprends, au départ, à contracter uniquement les muscles pelviens sans faire appel aux muscles voisins (fessiers et abdominaux). Des séries de contractions courtes et répétées sont proposées ainsi que des séries de contractions plus longues.

Attention :

1° Il ne s’agit pas d’une course. L’important est de sentir le « serrage » de l’anus et le relâchement de l’anus. Il faut faire des pauses régulières (de 30 minutes à 1h) pour continuer à bien ressentir le travail musculaire et pour ne pas épuiser les muscles ! Le périnée DOIT bouger !!!

2° Il ne faut absolument ne pas vouloir serrer fort. (Métaphore : si on serre trop fort un robinet …on abîme le joint. Changer le joint d’un robinet prend quelques minutes … mais, changer le sphincter est impossible !

3° Il ne faut serrer que les muscles du périnée, et rien d'autre! = Ressentir :

l’anus qui se ferme et, qui s’enfonce (par l’action des muscles releveurs) (comme pour « retenir un gaz » ou « retenir une envie d’uriner »),

 les testicules qui sont tirés vers le haut par l’action des muscles suspenseurs,

 une contraction à la base de la verge (via la bandelette de Houston).

IL ne faut donc pas serrer les jambes, les fesses, le ventre, ni bloquer la respiration. Il faut vraiment arriver à dissocier le périnée du reste du corps !


Mais, actuellement, la rééducation s'oriente dans une globalité, c'est-à-dire qu'il faudra absolument réintroduire le périnée dans l'enceinte lombo-abdomino-pelvienne.

Je vais donc, également, réaliser un travail de posture et de (re)musculation de la sangle abdominale, de la posture de la colonne vertébrale. Le verrouillage périnéal à l’effort sera appris et à réaliser au quotidien lors des efforts.


La méthode Guillarme pourra être aussi un bon outil de rééducation .

Progressivement, j’aide le patient à se sevrer des protections et/ou des étuis péniens.

Selon la complexité des désordres et la régression de l’incontinence, il peut y avoir une série de 60 séances de kinésithérapie, pendant de nombreux mois de rééducation.

La rééducation devra aussi se poursuivre au domicile du patient 2-3x / jour.

Je ferai un bilan en fin de séances rééducatives, et n’hésiterai pas à informer les médecins des résultats obtenus en fin de rééducation à mon cabinet. La rééducation pourra être plus ou moins longue selon les cas.


Si les traitements par rééducation prolongée demeurent inefficaces, l’urologue peut proposer des traitements complémentaires : des injections intra-sphinctériennes (dans le sphincter), une intervention par bandelettes sous-urétrales ou, la mise en place de ballonnets péri-urétraux et, en cas d’incontinence incontrôlable, il est quelquefois envisagé la pose d’un sphincter artificiel (prothèse du sphincter).


Je travaille en collaboration multidisciplinaire : avec le médecin généraliste traitant, l’urologue, l’oncologue, le neurologue, le diététicien, le psychologue, l’ostéopathe, le posturologue, le podologue, etc.


N’hésitez pas à me contacter si vous avez des questions ou pour prendre rendez-vous :

Véronique ABEELS, Kiné spécialisée en Périnéologie et Sexologie :

veronique@kineabeels.be ou 0495 510695